Armand Vaillancourt : de fureur et d’acier

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On ne sort pas indemne d’une rencontre avec le sculpteur Armand Vaillancourt.

À 88 ans, l’homme est doté d’une vitalité à fendre la pierre.  De part et d’autre de son corps mince, presque juvénile, deux bras noueux comme les branches d’un chêne.  Sa poignée de main transmet sa force physique, autant que la détermination de son caractère.

Armand Vaillancourt est la quintessence même de «l’artiste engagé».  Quoique, tout bien considéré, même ce vocable apparaît aujourd’hui réducteur. Quand on considère son parcours, on constate aisément  qu’il est beaucoup plus que cela.  Son art, ses sculptures souvent sur-dimensionnées, ne sont qu’une manière parmi d’autre d’exprimer son inextinguible soif de liberté et sa lutte continue contre l’oppression des puissants de ce monde.

Cet homme qui a combattu toute sa vie pour sa liberté et celle des autres, aura été de toutes les batailles où les chances apparaissaient inégales : chez les noirs du sud, en République dominicaine sous la poigne de Trujillo ou plus récemment, dans les rues de Montréal, lors du printemps érable.

Toute sa vie, confiera t-il, aura été consacrée à la libération de ce Québec qu’il aime tant.  À celui qui voulait l’attirer à Paris pour poursuivre son œuvre, il répondra : «Paris n’a pas besoin de moi.  Ma place est ici au Québec».  Pour lui, l’indépendance du Québec est une nécessité : «Je ne suis pas indépendantiste parce que je veux l’être, je suis indépendantiste parce que je dois l’être.  L’indépendance, c’est un devoir, une responsabilité.»

Dans le cœur de Vaillancourt brûle le feu d’une forge, intense et rageur.  Car l’homme ne s’est jamais départi de cette colère qui l’a amené, si souvent, à prendre tous les risques et à ne refuser aucun combat.  Ses seuls bons mots, empreints de tendresse ou d’admiration, il les réserve pour ses enfants ou pour les femmes, notamment Simone Monet-Chartrand et Madeleine Parent, «des amies, des femmes extraordinaires», dira t-il.  Car, on devine que les hommes l’ont souvent déçu, qu’ils n’auront pas été à la hauteur du dessein que lui-même entrevoyait, pour son pays et pour l’humanité.

Avec son art qu’il a imposé, souvent dans la rue et à l’encontre des pouvoirs publics, il aura été, à sa façon et avec son vocabulaire truculent, un éveilleur de conscience : contre l’hypocrisie des élites et les «salauds» de toutes les espèces.

Questionné sur le choix de la sculpture comme médium, il répondra : «Je suis un homme de matière, j’aime la matière.»  On ne saura jamais probablement, lequel des deux à façonner l’autre, à coup de marteau ou de pic : l’homme ou la matière, qu’elle soit acier, pierre ou béton ?  Mais ce que l’on sait, c’est que l’un et l’autre ont la même dureté dans l’être, le même tranchant dans l’opinion, toujours sans appel, et la même insistance à résister, envers et contre tous, aux intempéries du monde.