Intimidation : le message passe-t-il ?

L’auteur est criminologue, responsable de services en protection de la jeunesse et auprès des jeunes contrevenants (1978-2008), ainsi qu’ex-chargé de cours à l’Université de Montréal en intervention auprès des jeunes.

 

Quand un adolescent choisit de s’enlever la vie, c’est une tragédie.  Pour sa famille d’abord, mais aussi pour son entourage et sa communauté.  Quand le suicide apparaît lié à des comportements d’intimidation, ça devient intolérable, insupportable, pour la société entière.

Bien sûr, les écoles sont aujourd’hui tenues de se donner un plan d’action robuste pour lutter contre l’intimidation.  Mais, ce plan se doit d’être vigoureusement mis en œuvre et  les ressources adéquates pour le supporter doivent être au rendez-vous. La tâche des  enseignantes et des enseignants doit être aménagée de sorte que  le problème de l’intimidation reçoive  toute l’attention voulue.  Il va s’en dire que tous les intervenants scolaires sont concernés par le problème de l’intimidation vécue par les jeunes.  Mais,  nous aurions tort cependant de considérer que seules les écoles sont en cause.

Bien au contraire, la responsabilité de pacifier les relations entre les jeunes appartient à tous, au premier chef évidemment, aux parents.  Tous les adultes qui gravitent autour des jeunes peuvent jouer un rôle d’éducateur.  Et cette éducation à l’acceptation de l’autre, au respect des différences, est une condition essentielle au mieux-vivre ensemble.

Nous faisons souvent l’erreur de croire que l’intimidation est l’apanage de quelques jeunes souffrant de problèmes relationnels et qu’il suffirait de les outiller  pour que le problème se résorbe.  Le phénomène est malheureusement plus complexe et plus répandu qu’on ne le croit.  Depuis quelques années, le milieu de l’éducation en est conscient et recherche des solutions.

Mais alors, pourquoi le message ne passe-t-il pas, ou du moins, pas autant qu’il serait nécessaire ?  Ne serait-ce pas que la réalité de l’intimidation s’inscrit aussi dans une culture où la fixation sur l’apparence physique, la mode vestimentaire, l’obsession du paraître et de la performance, le culte du moi, foulent aux pieds les valeurs d’acceptation et d’inclusion.   Faudra-t-il en arriver à reconnaître l’existence d’une culture de l’intimidation ?

L’arithmétique des relations humaines est somme toute assez simple : il faut faire plus de place aux autres, les additionner à notre groupe, multiplier les gestes de bonne volonté, d’ouverture et d’acceptation, éviter de diviser pour régner en prince ou princesse sur notre cour.  Car à défaut d’inclure et d’additionner, il se trouvera toujours, quelque part, un adolescent ou une adolescente qui choisira, irrémédiablement, de se soustraire à nous.