Larmes de contrition massive

Les larmes de Justin Trudeau ont beaucoup fait jaser au cours des derniers jours.  Nous nous sommes habitués à voir des athlètes de haut niveau, retenir leurs larmes au moment d’annoncer leur retraite, après une carrière glorieuse.  Il en est de même, des politiciens qui répriment un sanglot, alors qu’ils tirent leur révérence de la scène publique, pour mieux se rapprocher de ceux qu’ils aiment.  Il n’y a rien de répréhensible dans cela.

Mais, il semble bien que Justin Trudeau ait amené «l’expression des émotions en public», à un niveau encore jamais atteint.  Le malaise vient du fait que, loin de chercher à les réprimer, les larmes de Justin semblent être commandées à demeure.  Nous savons aujourd’hui que le premier ministre est passé maître dans l’art de se mettre en scène et qu’il ne rate jamais une bonne occasion de le faire.  Le problème est que, au lieu d’attirer l’attention sur les malheureuses victimes des abus dénoncés, le projecteur se porte sur le messager, s’épanchant à répétition.  On en vient presque à oublier les causes qu’il est censé mettre en évidence.

Notre premier ministre est certes un personnage divertissant.  Ses larmes sont devenues des armes de contrition massive à son service.  Mais, c’est là que le bât blesse.  Qui dit divertissant, dit aussi, distraire ou diversion.  Les Canadiens et les Québécois sont de plus en plus nombreux à réaliser que derrière l’image de carton-pâte du premier ministre,  les pétrolières et les minières continuent d’engranger les profits, sans être trop inquiétées par l’oppressante question des changements climatiques.  Il en est de même des banquiers de Bay street et des Stephen Bronfman de ce monde, grands amateurs d’îles du sud, spécialisées dans l’évitement fiscal.

Il faut se rendre à l’évidence, Justin Trudeau est un grand «manipule-acteur».

A tout hasard, j’en profite pour rappeler le poignant et sombre poème de Gérald Godin «Libertés surveillées».  Je doute, évidemment, que Justin Trudeau verse un jour quelques larmes, en évoquant ces tristes événements, où plus de 400 québécois, artistes, syndicalistes et autres, ont été emprisonnés pour le seul motif de s’être, un jour, tenu debout. Car, nous connaissons tous la part jouée par Papa Trudeau dans l’imposition de la loi sur les mesures de guerre de 1970, n’est-ce pas ?

Libertés surveillées

«Quand les bulldozers d’Octobre entraient dans les maisons

à cinq heures du matin

Quand les défenseurs des droits de l’homme étaient assis sur les genoux de la police

à cinq heures du matin

Quand les colombes portaient fusil en bandoulière

à cinq heures du matin

Quand on demande à la liberté de montrer ses papiers

à cinq heures du matin

Il y avait ceux qui pleuraient en silence

dans un coin de leur cellule

Il y avait ceux qui se ruaient sur les barreaux

et que les gardiens traitaient de drogués

Il y avait ceux qui hurlaient de peur la nuit

Il y avait ceux qui jeûnaient depuis le début

Quand on fait trébucher la justice

dans les maisons pas chauffées

à cinq heures du matin

Quand la raison d’état se met en marche

à cinq heures du matin

Il y en a qui sont devenus cicatrices

à cinq heures du matin

devenus frisson

à cinq heures du matin

Il y a ceux qui ont oublié

Il y a ceux qui serrent encore les dents

Il y a ceux qui s’en sacrent

Il y a ceux qui veulent tuer»

 

 

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